16192150-petite-fille-danse

« Le changement d’objet est un moment crucial de l’évolution féminine; C’est le mouvement au cours duquel la petite fille désinvestit sa mère comme objet d’amour, pour investir son père. Mais cette définition reste incomplète parce qu’elle laisse dans l’ombre plusieurs modifications qui se font dans le même temps, dans la structure même de l’investissement de l’objet d’amour, dans l’investissement des zones érogènes, et dans la structure du moi tout entier.

Freud, en raison de cette complexité sans doute, avait décrit au cours de l’œdipe de la petite fille un « triple changement »: changement d’objet d’amour, changement de zones érogènes ‘à l’érogénéisation du clitoris fait place celle du vagin), changement de la position active en position passive par rapport à l’objet d’amour. Si l’on compare en effet la situation à la fin de la période pré-oedipiennes, et au déclin de l’œdipe, on constate que la traversée de la période oedipienne a bien abouti à ce triple changement. On peut constater aussi, et cela me paraît avoir une importance capitale, que les positions et les émois féminins liés au pénis ont été eux aussi très notablement changés, comme s’il s’opérait à ce moment-là des transformations qui dénouent et liquident les positions anciennes, métabolisant, si l’on peut dire, la revendication du pénis. (..) La fille vient de parcourir une évolution qui, du désir d’avoir un pénis comme le père (le désir du pénis étant une réadaptation, sur un mode pseudogénital du désir prégénital de puissance phallique, de possession phallique, de réassurance et de participation phallique primitive) pour pénétrer la mère, du désir de prendre son pénis au père, est passée, à l’aide du mouvement masochiste, au désir de recevoir par la pénétration le pénis du père, de recevoir un enfant du père. Les mouvements tendres et les identifications non conflictuelles à la mère aidant, la fille devient capable, et c’est un moment essentiel dans son histoire, d’éprouver un amour oedipien véritable, un amour pour le père (pour l’homme) objet différent d’elle, porteur de pénis, elle se sachant et s’acceptant dépourvue de pénis. Elle a acquis, grâce à l’investissement de son propre sexe, réel, la possibilité de réaliser son amour dans sa complémentarité avec l’autre. L’hétérosexualité est alors acquise (et seulement là). L’homme, à l’image du père, est désormais l’autre dissemblable et complémentaire, et par cela même aimé et désiré. Le monde génital, le mode génital est enfin atteint. »

Publicités