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Le voile est toujours décrit comme une volonté d’oppression de l’homme sur la femme ou une volonté de l’homme de se protéger lui-même des tentations sexuelles, préférant cacher l’objet du désir plutôt que de s’assurer du contrôle de ses propres pulsions.Ceci est certainement vrai mais partiel. Le voile est un entre deux: il sépare, il cache sans cacher, il dit que quelque chose existe derrière, quelque chose de dangereux, de non montrable, de non regardable. Et pour un homme qui n’a pas accédé à sa propre castration, c’est-à-dire pour qui la métaphore paternelle primordiale a échoué, il y aura toujours deux autres, un bon et un mauvais et non un seul Autre divisé comme nous l’enseigne Lacan. N’assumant pas sa propre division, l’homme n’accède pas à devenir sujet et à voir l’autre comme sujet divisé, comme sujet libre. « Ce qui fonde dans le sens et le non-sens radical du sujet la fonction de liberté, c’est proprement le signifiant qui tue tous les sens en les abolissant tous.  » Lacan. Dans un même mouvement cet homme qui contraint la femme à se voiler interdit la liberté du signifiant aux autres, hommes et femmes, contraignant la parole à une répétition de mots désincarnés attribués à la volonté de Dieu le père, témoignant encore de l’échec de la métaphore paternelle qui là, non seulement n’ouvre pas à la castration mais logiquement donc n’ouvre pas à la parole.

Ceci du côté de l’homme. Mais de l’autre côté du voile, du côté de la femme, que se passe-t-il? Plein de choses, comme toujours. Il y a l’homme, ses désirs, ses mots, ses angoisses et ce que la femme en fait. Et puis il y a les femmes au pluriel et les réponses des femmes au pluriel. L’enjeu est différent selon que la femme est advenue comme sujet ou non. Dans le premier cas, elle répond parfaitement à l’homme qui ne veut rien voir d’humain en elle, qui désire sa chair mais inhabitée, chair sans désir propre, chair sans vie. Mais si elle se cherche comme sujet, elle ne peut vivre le voile que comme une prison aliénante, un empêchement à être, une humiliation et cela peut la conduire à la haine de l’homme, haine qui divise à l’extérieure d’elle et évite la division nécessaire à son devenir sujet. Si elle accède à sa division intérieure, elle peut choisir aussi la révolte antigonienne si je puis me permettre ce néologisme ou, telle Ismène, trouver à faire avec, quand bien même cela exige de fortes contorsions. Le plus évident est de se servir du voile comme d’une mascarade au sens de Joan Rivière (lire l’article dans le blog), d’un renforcement de son identité de femme, prenant alors les commandes de sa relation à l’homme, jouet de sa propre faille. Est dupé celui qui croyait tout maîtriser. La femme acceptant la faiblesse de l’homme, son angoisse de castration, et même l’utilisant derrière le voile pour mener la danse. Le voile pour suggérer le féminin, pour l’identifier même. Ainsi les fillettes n’ayant jamais vécu dans un pays où les femmes ne portent pas de voile, attendent avec impatience l’âge de le porter, comme ailleurs certaines attendent leur premier soutien-gorge, ou leur premier maquillage. L’important étant toujours d’avoir une identité sexuelle, d’appartenir à un des deux groupes d’êtres humains.  Dans les pays où le voile n’est pas une obligation, on voit nombre de jeunes femmes porter le voile de leur propre chef, tel un message au monde et à elle-même: je suis une femme bien avant le « je suis une femme musulmane ». Il faut entendre je suis une femme qui ne parvient pas à devenir sujet: wo es war soll ich werden. Pas de ich pour elles, seulement « es » et Dieu le père sans sa métaphore.

Le voile a pour chaque partie un extérieur et un intérieur. Le voile, tout comme le masque, transforme celle qui le porte, lui faisant vivre diverses formes de l’altérité, la transformant à l’extérieure pour les autres avant de la transformer elle-même  dans une identité d’objet à laquelle elle doit répondre comme elle le peut.

Rien ne justifie la contrainte absolue que certains hommes infligent aux femmes mais comme toujours, dans cet enfermement, il y a une multiplicité de réponses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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