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« Je m’appelle Séraphine. (..) Je suis née dans le territoire de Lubero. Je suis née dans le rien et l’on m’a donné beaucoup. J’ai eu plus de chance que vous ne pouvez l’imaginer; j’ai appris à lire. Ma mère m’a beaucoup aidée, elle m’a transmis ce don. C’est un don mais vous n’en avez pas conscience, l’alphabet cimente vos jeunes années d’élève et vous en faites des chansons. A b c d e f g. Ma mère s’appelait Divine et le don est entré en elle alors que j’avais deux ans. Divine a su que « champ » s’épelait « c-h-a-m-p », Divine a su quantifier la nourriture, mesurer les textiles, lire les revues, Divine a su que les chiffres et les lettres permettaient de créer des plannings, d’organiser sa vie autour des heures à la minute près, de compter la monnaie et de dialoguer les jours de marché. Divine a sué sang et eau et déstructurait encore les syllabes, décomposait presque chaque mot, lorsqu’elle m’a aidé à apprendre à lire. Maman m’a dit que savoir compter, lire et chanter, c’est savoir se dresser seule face au monde, lever la tête et dire non, même à son époux. Maman m’a dit que connaître la loi des nombres, c’est connaître le commerce, c’est faire son trou dans le marché, vendre et acheter en se sentant la maîtresse de sa petite monnaie. Maman m’a dit qu’apprendre à lire et à compter, c’est apprendre à marcher. Le marché était loin de notre village; vouloir vendre et se faire sa petite monnaie, c’est accepter le prix de la marche. Moi aussi, j’ai marché. Et je vous l’affirme, ma bouche contre votre micro, ces heures de marche ont assuré ma survie, m’ont mise en condition de devenir une guerrière. Une lionne impavide. Mais vous ne savez pas encore ce qu’est une lionne impavide. Ca va venir. »

 

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