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L’héroïne a neuf ans. son père l’emprisonne dans une cave humide sans confort, sans lien, sans rien. Une nuit elle parvient à sortir, essaye d’entrer dans sa « vraie » chambre mais:

« La porte s’est ouverte brutalement, et c’est plus fort que moi, je me mets à hurler. Je hurle si fort que mon père accélère le pas, pour me bâillonner, probablement. Je hurle encore et encore, je tambourine contre la porte de ma chambre, pour la forcer à s’ouvrir par la simple force de mes poignets. je frappe et je frappe encore. Je hurle tant que je ne sens pas tout de suite mes larmes couler. Il ne lui faut que quelques secondes pour être sur moi.

Je sais que tout est fini.

-Qu’est-ce-que tu croyais faire, ma petite salope? tu me réveilles au milieu de la nuit rien que pour ça?

Seuls mes cris étouffés lui répondent.

Ma peur est si intense qu’il m’est impossible de crier. J’ai le temps d’apercevoir ma mère qui sort à son tour de sa chambre, les cheveux en bataille maladroitement noués et l’air mal réveillé. Je m’aperçois qu’elle ne réalise pas ce qui est en train de se passer. Elle n’a rien compris ma mère! Sa fille hurle, mais, depuis longtemps, son instinct maternel n’est plus suffisant pour la sortir de cette éternelle torpeur dans laquelle elle se meut.

Ma tête part en arrière.

J’ai mal au niveau de la nuque tout à coup. Il m’a saisie par les cheveux. Mes racines s’arrachent; c’est comme s’il me relâchait et se retrouvait avec mon scalp au milieu de sa paume.

Pas un mot n’est échangé, rien que des sons rauques et des grognements de bêtes sauvages. Il n’y a rien à espérer, rien à raisonner. Alors je deviens molle, comme un poisson qui n’en peut plus de frétiller hors de l’eau et qui se laisse mourir car il en a assez de chercher à respirer. Mon corps est à sa merci: il va simplement me ramener là où je dois être, dans la cave.

Les conséquences.

Elles me cognent comme un uppercut en pleine mâchoire: cette fois-ci, je ne vais pas m’en sortir. Mon père me balance sur mon lit puis il se dirige au fond de la pièce, vers le meuble gris qui a toujours été verrouillé. Il l’ouvre avec une clé qu’il porte apparemment toujours sur lui. Dort-il avec elle? Il en sort deux longues chaînes que je connais, puisque c’est celles qu’il utilise pour attacher nos vélos ensemble.

A présent, ma situation va gravement empirer.

Sans un mot, papa me saisit par les pieds et me force à me coucher. Je ne cherche pas à résister. Mon instinct me dit qu’à ce stade, il me faut plier. Je ferme les yeux pour ne pas le voir faire, et j’entends les cliquetis des chaînes qui s’enroulent autour de moi comme des serpents froids et visqueux. Un grincement dans l’escalier me fait comprendre que maman regarde la scène, mais de loin. Elle n’a pas le courage de nous rejoindre. Je vois apparaître dans ses yeux la résignation de la femme qui accepte avec ferveur la cruauté du destin. Je vais moins faire la fière à présent! Je vais rentrer dans le rang, rejoindre le club, son club, celui du sexe faible qui se résigne, sans révolte et sans fierté.

La vie est comme elle est. Cela ne sert à rien de vouloir la changer.

J’ai mal aux bras et aux jambes mais je préfère taire ma douleur. Un mot suffirait pour que mon père entre entièrement dans la fureur qui le guette. Muette, je l’observe qui remonte les marches et, comme je le redoutais , une fois de l’autre côté de la porte, j’entends le bruit caractéristique de la serrure que l’on ferme à double tour.

Me voilà prisonnière.

Je ne sais pas si j’ai froid ou si j’ai chaud. A cet instant, je n’arrive pas à analyser la somme de mes sensations. Diffuses, immenses. Je ne sais plus ce qui me domine. Je sais que j’ai peur, et que ma peur n’est pas près de ma quitter. Elle investit mon corps. Elle s’y love avec un plaisir non dissimulé. Je suis un habitat formidable.

Je décide de ne plus fermer les yeux, car chaque fois que je les ferme je vois le visage de ma mère, en haut de l’escalier, qui me regarde. Je vois ses yeux qui ignorent l’indignation. Je suis soumise à son regard de mère trop fatiguée pour être éplorée. Et cette soumission-là est bien plus violente que celle imposée par mon père. Ce regard qui n’exprime rien de la douleur que j’attendais, il me fait bien plus mal que les chaînes qui enserrent solidement mon corps. »

 

 

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